L’ancien chef d’état-major des armées, n’entend pas rester aux oubliettes. Surtout au moment où l’on tend vers l’extinction définitive du conflit en Côte d’Ivoire.

Revoilà le Général de division Mathias Yamhun Doué ! On avait fini par ne plus entendre parler de l’homme, qui lui, avait choisi de faire le mort. Question certainement de brouiller les pistes et de surprendre en temps opportun ses adversaires. En effet, si on savait par les soins des services secrets ivoiriens que ces derniers mois, l’ex Cema passait le clair de son temps à circuler entre le Ghana, le Benin et la France, en revanche, confie-t-on, les pisteurs de Doué, ” le Chinois “, avaient perdu ses traces depuis quelques semaines, préoccupés dit-on qu’ils étaient par l’organisation et les lendemains de la cérémonie de la ” flamme de la paix ” du 30 juillet dernier à Bouaké. Une fois la cérémonie de Bouaké bouclée, les chiens de garde de la République ont, semble t-il, repris le dossier Doué là où ils l’avaient laissé. Et apparemment, ils n’ont pas mis beaucoup de temps à retrouver les traces du Général de division, puisque, de bonnes sources, l’on indique que l’ancien patron des forces armées nationales de Côte d’Ivoire vient de se signaler du côté de Paris où il a atterri il y a deux semaines. A sa descente d’avion, l’homme a pris ses quartiers à l’Hôtel Mariott, à Neuilly, près de Paris. Il y a passé un bref mais riche séjour, à en croire certains de ses proches. L’officier général a eu plusieurs rencontres avec des agents de la Dgse française par le canal, dit-on, du ” Capitaine ” Tony Oulaï, un autre personnage en rupture de ban avec le régime d’Abidjan. Tout comme le Colonel Gaoudi Oulata,-exilé aux Etats-Unis- avec lequel Doué a eu de nombreux contacts téléphoniques pendant son séjour parisien. Selon les informations en notre possession, Tony, depuis sa sortie de prison, a des atomes crochus avec les services de renseignements français et est très actif aux côtés d’un certain ” Papy “, bien connu des fichiers des services secrets ivoiriens pour avoir servi, dit-on, dans le renseignement, sous le régime de feu Félix Houphouët-Boigny. Que cache cette apparition de Mathias Doué en France au moment où Paris, à l’instar de la communauté internationale et par la voix de son ambassadeur en poste à Abidjan, s’est engagé à soutenir l’accord politique de Ouagadougou dans l’optique d’une sortie de crise heureuse en Côte d’Ivoire ? Les autorités françaises préparent-elles un autre coup tordu contre le régime Gbagbo, au moment où l’on assiste à une décrispation au sommet des deux Etats et qu’il est de plus en plus question d’une visite, dans les prochains jours, en France, du n°1 ivoirien ? Si l’on en croit un spécialiste du marigot françafricain, qui a requis l’anonymat, “la France, en flirtant ouvertement avec Doué qui représente une menace pour le régime d’Abidjan, veut garder un moyen de pression sur Laurent Gbagbo dans la perspective d’une normalisation des relations entre les deux pays. Il faut savoir que Paris entend jouer un rôle important dans le vaste programme post crise de reconstruction de la Côte d’Ivoire. Et non se contenter de la part congrue dans l’attribution des marchés pendant que Américains, Indiens, Russes et autres Chinois se tailleront la part du lion.” On le voit bien, pendant que Nicolas Sarkozy tend la carotte, de la main droite à son homologue ivoirien,- en lui passant un coup de fil et en encourageant le retour des investisseurs français en Côte d’Ivoire-, il tient dans la main droite le bâton pour contraindre en cas de besoin ” l’atypique ” Laurent Gbagbo. C’est connu, les Etats n’ont point d’amis ; ils n’ont que des intérêts. Et au nom de cette vérité, on l’aura remarqué, le nouveau patron de l’Elysée, a fait le deuil de sa belle profession de foi sur l’ ” impérieuse ” révision des relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Véritablement, la nébuleuse françafricaine a encore de beaux jours devant elle. Les autorités ivoiriennes sont averties. Pour mémoire, c’est le 13 novembre 2004, aux lendemains de l’opération “Dignité “,-du nom de code d’une vaste opération de reconquête des positions de la rébellion par les troupes régulières-, stoppée net par les forces françaises que le Général Doué, chef d’état-major des armées, à l’époque, a été limogé au profit de Philippe Mangou, anciennement commandant du théâtre des opérations (Comthéâtre). A la base de cette disgrâce, de gros soupçons de “collusion avec une force étrangère” pour renverser les institutions de la République. Sorti du pays, on ne sait trop comment, l’officier général, après près de huit mois de silence, avait brisé la glace à la veille de la fin du mandat constitutionnel de Laurent Gbagbo, fixé à la fin octobre 2005. Ce jour-là, dans une déclaration hyper médiatisée, l’enfant de Yorozon, avait menacé ouvertement de renverser par tous les moyens le régime au cas où le chef de l’Etat consentait à garder le pouvoir au-delà de cette échéance. L’homme se dégonflera par la suite. Depuis, il a habitué les Ivoiriens à des apparitions sporadiques.

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