gbagbo-2.jpgDerrière les apparences policées qu'ils affichent ces deniers temps, le chef de l'Etat ivoirien et les autorités françaises, se poursuit allègrement le " mano à mano " né sous Jacques Chirac.

Les analystes l'avaient prédit. Nicolas Sarkozy ne ferait pas l'économie d'une guerre au régime d'Abidjan au cas où les intérêts de la France étaient en jeu. Exit donc la belle profession de foi sur la volonté de rupture avec l'ordre ancien, proclamée par le n°1 français lors de la présidentielle de mai dernier ! Et cela n'a pas mis longtemps à se faire. A l'origine, expliquent des sources diplomatiques proches de l'axe Paris-Abidjan, une proposition des autorités françaises, rejetée par le chef de l'Etat ivoirien. En effet, selon ces sources, la cellule africaine de l'Elysée, soucieuse de normaliser ses relations avec le régime d'Abidjan, a récemment proposé au président Laurent Gbagbo de rester au pouvoir jusqu'en 2010, date à laquelle la présidentielle ivoirienne se tiendrait finalement. La proposition était accompagnée d'un engagement à assurer la sécurité totale au régime jusqu'à cette échéance. D'ici là, la France mettrait les trois années qui nous séparent de 2010 à profit pour soigner son image largement écornée en Côte d'Ivoire depuis la crise du 19 septembre 2002. Un service de bon samaritain qui, confie-t-on, n'a pas manqué d'intriguer le premier magistrat ivoirien qui y a plutôt vu " une manœuvre de diversion qui cachait mal la vraie motivation de l'hexagone, à savoir gagner du temps pour reprendre pied en Côte d'Ivoire afin d'y garder intacte l'influence française en maintenant le pacte colonial. Une donne fort importante dans le rayonnement de la France au plan international. Or tel n'est pas le cas en ce moment avec notamment la présence de plus en plus menaçante des pays comme la Chine, la Russie et les Etats-Unis fort intéressés par le pétrole ivoirien", soutient notre interlocuteur. Ayant ainsi décelé le piège français, mais surtout, précise-t-on, mû par la volonté de sortir rapidement de la crise, Laurent Gbagbo a opposé un refus poli à la requête française pour annoncer que si cela ne tenait qu'à lui, l'élection présidentielle se tiendrait dès décembre 2007. Pour lui, c'est assurément la meilleure façon de prendre de court la pieuvre française en ce moment où elle a bien de ses tentacules brisées. Un état d'esprit que l'homme n'a d'ailleurs pas manqué de résumer ainsi lors de son traditionnel message à la Nation du 7 août dernier : " La Côte d'Ivoire ne doit pas donner l'impression qu'elle retarde les élections qui seules confèrent la légitimité à tout dirigeant dans un régime démocratique. (..) C'est pourquoi, il nous faut rapidement organiser les élections pour sortir d'une situation certes constitutionnelle mais exceptionnelle ". Car le chef de l'Etat sait qu'une fois sorti vainqueur des urnes, il aura toute latitude de sécuriser totalement son pays avec notamment la levée de l'embargo sur les armes et pourra aisément dérouler son projet de société en faveur des populations ivoiriennes. Un chemin sur lequel sont prêts à l'accompagner des pays tels que l'Afrique du sud, la Chine, la Russie et les Etats-Unis, pour ne citer que ceux-là. Naturellement, cette fin de non recevoir n'a pas été du goût de Paris qui voit dans la " précipitation " de Gbagbo une volonté manifeste de casser à jamais l'influence de l'ancienne métropole en Côte d'Ivoire. Et cela, jure notre source, " la France n'est pas prête à l'accepter, qu'elle soit dirigée par Chirac, Sarkozy ou même Mme Royal ". C'est assurément ce qui explique, comme votre quotidien préféré l'a annoncé dans sa parution du week-end dernier, que Paris ait décidé de reprendre sa guerre contre Laurent Gbagbo. Dans les milieux proches du RHDP, où on se satisfait de cette nouvelle secousse, on indique déjà en jubilant que " cette fois-ci sera la bonne ". Quant au locataire du palais présidentiel ivoirien, on indique qu'il a pris les dispositions nécessaires pour ne pas se laisser cueillir comme un fruit mûr. Les prochains jours nous situeront davantage.

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