Les neuf Français - sept membres de l'association L'Arche de Zoé et deux journalistes - détenus à Abéché, au Tchad, depuis le 25 octobre, ont été inculpés, lundi 29 octobre peu avant minuit, de tentative d'enlèvement d'enfants et d'escroquerie. Ils risquent les travaux forcés. Les sept Espagnols de l'équipage de l'avion qui devait transporter les enfants en France sont poursuivis pour complicité. Le sort du pilote belge, en garde à vue dans la capitale tchadienne, N'Djamena, n'a pas été tranché.

En ce qui concerne les Français, la justice tchadienne a refusé de faire la différence entre les membres de L'Arche de Zoé et les deux journalistes qui les suivaient pour réaliser des reportages. Tous les inculpés devraient être transférés prochainement à N'Djamena et placés en détention provisoire.

les-neuf-fran--ais.jpgEn France, malgré l'avalanche de critiques et de condamnations morales provenant de l'ensemble du monde politique et associatif, L'Arche de Zoé refuse de reconnaître ses torts. Les familles de six militants inculpés se sont rendues, lundi, à Marseille, pour rencontrer l'avocat Gilbert Collard, qui a accepté d'assurer leur défense.

A l'issue de la réunion, Christophe Letien, membre très actif de l'association, qui s'est imposé comme son responsable de facto en l'absence du fondateur Eric Breteau, détenu au Tchad, s'efforçait de paraître serein et sûr de son bon droit : "Nous allons faire sortir notre équipe de prison dès que possible. Nous y consacrons toute notre énergie. Nous prouverons que ces enfants étaient en détresse." De fait, M. Letien ne semble pas avoir renoncé au but premier de l'opération : "Dans un second temps, nous allons nous préoccuper du sort des enfants, que nous n'avons pas oubliés, et leur apporter notre aide." Il reconnaît que son association a peut-être commis des maladresses, mais rien de grave : "Nous n'avons jamais eu l'intention de heurter le peuple tchadien. Ces accusations de pédophilie et de trafic d'organes sont grotesques. Arrêtons les sottises, restons courtois et sérieux."

Même attitude de défi du côté des familles françaises candidates à l'accueil d'un "enfant du Darfour", qui ne sont pas inquiétées par la justice. Yolaine Pivot, 28 ans, mariée, sans enfant, directrice d'école à Richemont (Moselle), affirme qu'elle n'a aucun remords : "Je suis fière de ce que j'ai fait. L'équipe de L'Arche de Zoé garde toute ma confiance, ce sont des gens formidables. Est-ce qu'ils s'y sont mal pris ? C'est possible, je ne suis pas capable de juger. Mais le fond était bon. Tant qu'on ne m'apporte pas la preuve matérielle qu'ils ont mal agi, je reste solidaire."

Lors d'une conférence de presse, Me Collard a esquissé un premier axe de défense : "Il n'y a pas eu d'enlèvements. Ce qu'on peut concéder, c'est qu'il y a eu un irrespect anarchique d'un formalisme humanitaire." L'avocat a regretté que le gouvernement tchadien tente d'exploiter l'affaire sur le plan politique : "La force de paix européenne doit se déployer au Darfour, le Tchad n'y est pas favorable. Il veut contrôler certaines zones et c'est l'occasion pour lui d'intervenir devant les autorités françaises afin d'avoir une monnaie d'échange." Me Collard a annoncé qu'il se rendrait au Tchad dès que possible, en compagnie de Céline Lorenzon, l'avocate habituelle de l'association.

En France, l'affaire a déjà pris une tournure politique. Le Parti socialiste a critiqué l'attitude du gouvernement, qui semble enclin à laisser la justice tchadienne s'occuper de l'affaire. François Hollande, premier secrétaire du PS, a fait savoir qu'il souhaite, au contraire, que les accusés soient rapatriés et jugés en France.

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