GBAGBO--COMPAORE-copie-1.jpgVisiblement, la partie ne sera pas facile à jouer. Laurent Gbagbo l’a compris. Lui qui avait jeté son poulain dans le bain, vient de comprendre que sa campagne n’a pas été à la hauteur. Au lendemain de sa rencontre avec le président Blaise Compaoré le 21 novembre 2007, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, a compris que l’heure est grave. Aussi, Gbagbo s’est-il décidé à prendre le taureau par les cornes. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit l’adage. Le chef de l’Etat, à 72 heures de l’ouverture de la 12ème Session ordinaire de la Conférence des chefs d'Etat et de Gouvernement de l’UEMOA dans la capitale burkinabé le 17 janvier, s’est rendu hier à Ouagadougou pour officiellement échanger avec le facilitateur du dialogue inter-ivoirien sur le processus de paix en Côte d’Ivoire. Mais l’enjeu le plus important pour Laurent Gbagbo reste la question du gouvernorat de la BCEAO. On le sait désormais, la présidence ivoirienne a coopté le ministre Paul Antoine Bohoun Bouabré pour succéder à Charles Konan Banny, le gouverneur démissionnaire dont l’intérim est assuré depuis le 4 décembre 2005, par le Burkinabé Justin Barro. Les choses à ce niveau, ne sont pas faciles pour Laurent Gbagbo. Le Chef de l’Etat coince sur la réticence de plusieurs de ses pairs qui ne sont pas opposés au principe de voir un Ivoirien dans la continuité des Abdoulaye Fadiga, Alassane Ouattara et Konan Banny. Seul le nom Bohoun Bouabré pose problème à Tanja, Compaoré, Wade et autre Bony. Le Chef de l’Etat Ivoirien ne veut pas lâcher. Il s’est rendu à Ouagadougou pour proposer ce qui suit à Compaoré. “Tu me soutiens pour que mon poulain brigue le gouvernorat de la BCEAO et la Côte d’Ivoire s’engage derrière toi pour un second mandat à la tête de la CEDEAO”. Ce marché, pour la présidence ivoirienne, devrait pouvoir marcher. La CEDEAO, qui tient son sommet le 18 janvier est, selon les penseurs du Palais, d’un enjeu capital pour le président burkinabé qui s’est imposé, indiscutablement, comme le leader de la sous-région avec des médiations réussies principalement au Togo et partiellement en Côte d’Ivoire et en Guinée. Si Compaoré s’engage aux côtés de Gbagbo et Bouabré, c’est sûr, il pourrait rempiler pour la CEDEAO. Mais, a-t-il réellement besoin de ce soutien qui, au lieu d’être salvateur pourrait lui être préjudiciable ? Le successeur de Mamadou Tandja peut naturellement et raisonnablement solliciter un deuxième mandat auprès de ses pairs pour le travail qu’il a abattu et qui est reconnu de tous. S’il s’acharne à défendre le dossier de Laurent Gbagbo contre son propre poulain Justin Damo Baro, cela pourrait paraître curieux. Bohoun Bouabré a en face de lui, de gros calibres. Contesté à Paris et dans plusieurs capitales régionales, le ministre du Plan entend bien lever toutes les réticences exprimées sur sa candidature. Il a visité les présidents Burkinabé, Sénégalais, Nigériens, Togolais et Béninois. Mais il a eu du mal à faire l’unanimité. Abdoulaye Wade, Mamadou Tanja et Compaoré croient que l’ex-ministre de l’Economie et des Finances n’est pas la personne adéquate pour succéder à Banny. Depuis le départ de ce dernier, le Burkinabé Damo Justin Baro, montre clairement son désir de poursuivre l’intérim. D’autres postulants au fauteuil de gouverneur comme le Béninois Abdoulaye Bio-Tchané et le Nigérien Ali Badjo Gamatié ne s’en étaient pas du reste cachés. Depuis, ils auraient changé d’avis. Bouabré, il est vrai, traine de nombreuses casseroles sales derrière lui : il est cité dans l’affaire de l’enlèvement du journaliste franco-canadien Guy André Kieffer, il est l’inspirateur, sinon le concepteur de certaines politiques économiques du FPI qui n’inspirent pas confiance, inventeur de la gestion de la filière café-cacao qui, aujourd’hui, donne la preuve de l’échec de toute sa philosophie. Perdre la Côte d’Ivoire ou perdre Bouabré ? Gbagbo a donc le choix. Notre pays, contributeur à plus de 32% de PIB de l’UEMOA, ne saurait être injustement privé du gouvernorat de l’institution alors qu’il n’a pas le siège, logé à Abidjan.
Charles Sanga

Retour à l'accueil