NOUVELLE POLITIQUE AFRICAINE
02 mars 2008Après son discours controversé sur "l'homme africain", Nicolas Sarkozy a affirmé lors de sa deuxième visite en Afrique sub-saharienne, achevée vendredi à Johannesbourg, sa volonté d'une "nouvelle politique africaine de la France", en particulier sur le plan militaire, alors que son épouse Carla faisait des premiers pas tout en retenue sur la scène internationale.
Nicolas Sarkozy avait entamé mercredi ce voyage par une étape très controversée au Tchad, pays symbole des dérives françaises en Afrique, alors que le président Idriss Déby est accusé de s'être livré à une chasse aux opposants politiques lors des affrontements avec les rebelles début février.
"Ce n'est pas parce que c'est un gouvernement légitime qu'il peut se permettre n'importe quoi", a tonné Nicolas Sarkozy à N'Djamena, alors que Paris a été critiqué pour son soutien logistique à l'armée tchadienne lors des affrontements des 2 et 3 février.
"La France s'est interdit de s'immiscer dans les combats", a insisté jeudi le chef de l'Etat devant le Parlement sud-africain au Cap. "C'est un changement sans précédent. Ce changement, il faut le poursuivre."
Il a donc annoncé la "renégociation" de tous les accords de défense de la France en Afrique: "La France n'a pas vocation à maintenir indéfiniment des forces armées en Afrique. L'Afrique doit prendre en charge ses problèmes de sécurité".
Paris compte actuellement environ 9.000 hommes sur le continent et des bases permanentes à Djibouti, au Sénégal et au Gabon, plus deux bases au Tchad et en Côte d'Ivoire.
"La notion d'accords secrets ne doit pas correspondre aux relations de la France et de l'Afrique de 2008", a réaffirmé vendredi Nicolas Sarkozy. "Cela ne veut pas dire qu'on se retirera de tous les pays (...) Il y a des pays qui souhaiteront qu'on reste avec une présence militaire. On restera". Pour les autres, "on évoluera", a-t-il détaillé devant des représentants de la communauté française à Johannesbourg.
Paris n'entend plus non plus se limiter à son pré-carré francophone. "Je ne veux pas opposer l'Afrique anglophone et l'Afrique francophone. Il y a l'Afrique dans son ensemble", a-t-il souligné.
Le socialiste Pierre Moscovici a salué vendredi l'annonce du chef de l'Etat: "rendre public les accords de Défense, dans la transparence, c'est plutôt une bonne chose", a-t-il dit, même s'il se veut "vigilant": "comme souvent avec Nicolas Sarkozy, il y a un décalage entre la théorie et la pratique". Et "depuis qu'il est président de la République, ses amis, c'est Omar Bongo, le colonel Kadhafi, c'est Idriss Déby..."
Le président de l'ANC Jacob Zuma, que Nicolas Sarkozy a rencontré vendredi, a aussi salué sa démarche: "il fait partie de ceux qui pensent qu'on ne peut pas maintenir en Afrique ce genre de divisions -les anglophones... les francophones...-. L'Afrique c'est l'Afrique", a-t-il déclaré. "Ce sont des propos rafraîchissants de la part d'un dirigeant européen".
Le couple présidentiel s'est rendu vendredi sur Robben Island, près du Cap, où ils ont visité la cellule de six mètres carrés dans laquelle a été détenu Nelson Mandela pendant 18 ans du temps de l'Apartheid.
Le président français a reçu en cadeau un petit morceau de pierre, censé avoir été cassé par Nelson Mandela dans la carrière voisine. Son épouse a quant à elle reçu une réplique de la clé de sa cellule. Ils ont ensuite rencontré ensemble le prix Nobel de la Paix près de Johannesbourg.
Alors que le quotidien "Star" titrait vendredi sur sa présence en Afrique du Sud -"Carla Sarkozy so cosy in SA"-, l'épouse du chef de l'Etat a opté depuis son arrivée sur le continent africain pour la sobriété, affichant même des mines intimidées devant les médias. La dame tenait fréquemment la tête baissée, faisant mine de s'étonner de l'empressement des photographes autour d'elle.
Interrogée vendredi, elle a brièvement souhaité "(s)'engager dans l'humanitaire", précisant que son mari l'"aid(ait) beaucoup pour cela". Nicolas Sarkozy, lui, était moins pudique: "elle a été formidable", s'est enthousiasmé celui qui ne manquait pas une occasion de l'attirer près de lui devant les caméras. "J'étais bien fier d'être avec toi", lui a-t-il lancé.
Le couple devait achever sa visite par un séjour privé, avait affirmé mardi le ministère sud-africain des Affaires étrangères, alors que l'Elysée refusait toujours obstinément vendredi d'évoquer le sujet. Interrogé, Nicolas Sarkozy s'est contenté de sourire