L’Airbus d'Air France disparaît sur l'Atlantique: 228 morts
01 juin 2009
Foudroyés, l’Airbus A330-200, les familles, les amis et tous ceux qui prennent l’avion… Hier matin, le vol Air France 447 en provenance de Rio, attendu à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, n’est jamais arrivé. A bord, 216 passagers – dont six de nationalité suisse, des Brésiliens et des Français en majorité, 82 femmes, sept enfants, un bébé – et les douze membres d’équipage.
«Il n’y a plus aucun espoir», lâchait un agent des aéroports de Paris, tandis que les proches des victimes présentes sur place étaient prises en charge par une cellule médicale et psychologique à Roissy 2.
Livide, visiblement abattu, Pierre-Henri Gourgeon, le directeur général d’Air France, annonçait au monde «la catastrophe aérienne», s’associant à la douleur des familles, lors d’une conférence de presse.
«Fortes turbulences»
L’appareil, parti de l’aéroport Tom Jobim de Rio dimanche à minuit (heure de Paris), est entré dans une «zone de fortes turbulences et d’orages», à 300 km des côtes brésiliennes, au nord-est de la ville de Natal, vers 4 h du matin lundi. Un quart d’heure plus tard, l’A330-200, mis en service en 2005 et contrôlé en avril dernier, envoyait des messages automatiques d’alarme, signalant «une panne du circuit électrique». Depuis, le silence.
«Aucun signal de balise»
«L’hypothèse la plus vraisemblable est que l’appareil a été foudroyé», précisait dans l’après-midi François Brousse, chargé de communication de la compagnie aérienne. Mais ministres français et spécialistes appelaient à la prudence sur les circonstances de ce drame. En plus de la météo, y a-t-il eu erreur humaine? Le commandant de bord est un homme d’expérience, avec ses 11 000 heures de vol, dont plus de 1000 sur l’A330.
Y a-t-il eu une défaillance technique? Difficile à dire tant que la boîte noire n’a pas été récupérée. Et le drame du vol SR111 de Swissair en 1998 – dont la boîte noire n’avait rien enregistré en raison de la panne électrique – met un doute sur la récupération de données.
«Une grande peur»
«Aucune balise n’a émis de signal», indiquait de son côté le Centre national d’études spatiales (CNES), qui exploite le système satellitaire de secours et l’alerte aérienne. Cela tendrait à prouver que «les balises ont été détruites avant d’émettre et que la catastrophe a été très rapide», ajoutait Philippe Hazane, sous-directeur adjoint du CNES.
Hier, on restait donc circonspect sur les circonstances du drame, tandis que d’importants moyens de secours étaient déployés par l’aviation brésilienne et française pour tenter de repérer les traces du probable crash dans l’Atlantique et des hypothétiques rescapés.
«Nous avons eu une chance inouïe et, avec le recul, une grande peur», témoignait lundi matin à Rio Amina Jaffiol qui avait tout fait pour prendre ce vol avec son mari. En vain. Car il était plein. «Nous avons une pensée pour tous ceux qui étaient dans l’avion», ajoutait-elle, reconnaissant qu’elle aurait désormais «une appréhension» avant de monter à bord. En Suisse, comme en France, au Brésil et dans les autres pays des victimes (18 Allemands, 9 Italiens, 6 Américains, 5 Chinois, 4 Hongrois, 2 Espagnols, 2 Britanniques, 2 Marocains, 2 Irlandais, un Angolais, un Argentin, un Belge, un Islandais, un Norvégien, un Polonais, un Roumain, un Russe, un Slovaque, un Suédois, un Turc, un Philippin), l’émotion était grande hier soir.
Incompréhension et détresse à Roissy
«Je leur ai dit la vérité. Les perspectives de retrouver des survivants sont très faibles.» Le président Nicolas Sarkozy s’adresse à la foule des journalistes accourus à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle près de Paris. Il vient de parler pendant une heure aux familles des passagers et membres d’équipage de l’Airbus 330 qui a disparu entre Rio et Paris.
Les proches des victimes arrivent par groupes dans des bus d’Air France. Ils sont conduits sous bonne garde jusqu’à un salon du Terminal 2D de l’aéroport afin qu’ils ne soient pas importunés par les médias. Leur visage trahit la tension extrême, l’émotion la plus vive. Certains pleurent. Visiblement, peu d’entre eux gardent de l’espoir. Les membres du personnel d’Air France que nous avons rencontrés paraissent très éprouvés. «Le plus dur, c’est qu’on ne comprend pas du tout ce qui s’est passé», soupire un steward.
Contrairement à ce qui s’était produit à l’aéroport de Cointrin le 2 septembre 1998 lors de la catastrophe du SR-111 (lire en page 3), les aumôniers et ecclésiastiques paraissent moins présents.
Prise en charge intensive
Mais la prise en charge médicale et psychologique des familles des disparus est intensive, nous explique, au siège d’Air France de Roissy, une attachée de presse: «Si les familles veulent parler avec un aumônier de leur religion, ils peuvent le faire rapidement. Les ecclésiastiques sont bien entendu prévenus.» Cette responsable d’Air France ajoute:
«Cela dit, nous disposons d’équipes de volontaires parlant différentes langues formés spécialement à ce type de prise en charge. Ainsi, nous avons pu faire venir à Roissy de nombreux lusophones, puisque plusieurs victimes sont d’origine brésilienne. De même, tous les médecins disponibles, tous les psychologues de la région ont été eux aussi mobilisés. Les proches des passagers doivent être entourés à chaque instant afin de parer aux crises d’angoisse, aux malaises physiques mais aussi pour aider ceux qui paraissent sans réaction.»
Et comment ces proches peuvent-ils se rendre à Roissy? L’attachée de presse de la compagnie française est formelle: «Nous prenons en charge leurs déplacements, même lointains.» La compagnie a également mis au point ce même dispositif à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, car de nombreux passagers de ce vol Rio-Paris avaient une correspondance pour cette ville.
«Ça nous reste au cœur»
Un agent de sécurité en vol qui effectue de nombreuses missions vers l’Asie vient d’apprendre la disparition de l’Airbus. Il se confie: «Vous savez, même si on ne connaît aucune victime, un tel drame nous bouleverse toujours. On n’est jamais blasé, ça nous reste, là, au cœur.»
Et sur les circonstances de cette disparition de l’Airbus? «Nous n’en savons rien pour le moment. Il semble que l’appareil a traversé une zone de turbulences. En ce cas, le commandant de bord nous avertit d’emblée pour prendre les dispositions. Et généralement, tout se passe bien. Même si la foudre frappe l’appareil.»